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Après avoir obtenu son doctorat de droit en 1906, Pierre Masse est le premier secrétaire de la Conférence des avocats.

Il deviendra huit ans après, député de l’Hérault.

Pendant la 1ere guerre mondiale, il part sur le front et y reviendra en étant décoré de la Croix de guerre mais aussi de la Légion d’honneur.

Un an après le premier conflit mondial, il devient l’un des meilleurs avocats en matière civile, mais également un redoutable plaideur aux assisses.

Il préférera consacrer sa carrière professionnelle plutôt que politique, il sera ainsi au Conseil de l’Ordre entre 1928 et 1934.

Le retour en politique de cet avocat sera en 1939, il sera élu sénateur de Hérault après y avoir été député (en 1914), s’engageant dans la gauche démocratique.

Voyant les différentes lois raciales, et les libertés bafouées non loin de la France, le gouvernement du maréchal Pétain recevra de Pierre Masse une demande tenant à faire inscrire dans la nouvelle Constitution la garantie des libertés individuelles,.

Pierre Masse votera finalement pour les pouvoirs constituants conférés au maréchal Pétain.

En cette année 1940, la vie de Pierre Masse va totalement s’inverser, précipitant la disparition précipité de cet éminent avocat.

En effet, dès le mois d’octobre, est publié un décret chassant les officiers d’origine juive de l’armée française.

Face à ce décret totalement contraire aux principes et causes défendues par l’avocat, il va envoyer une lettre de protestation peut de temps après.

Voici la lettre envoyée au Maréchal Pétain:

« Monsieur le Maréchal, J’ai lu le décret qui déclare que les Israélites ne peuvent plus être officiers, même ceux d’ascendance strictement française. Je vous serais obligé de me faire dire si je dois aller retirer leurs galons à mon frère, sous-lieutenant au 36ème régiment d’infanterie, tué à Douaumont en avril 1916, à mon gendre, sous-lieutenant au 14ème régiment de dragons, tué en Belgique en mai 1940 – à mon neveu J.-P. Masse, lieutenant au  3ème colonial, tué à Rethel en mai 1940 ?

Puis-je laisser à mon frère la médaille militaire, gagnée à Neuville-Saint-Vaast, avec laquelle je l’ai enseveli ?

Mon fils Jacques, sous-lieutenant au 62ème bataillon de chasseurs alpins, blessé à Soupir en juin 1940, peut-il conserver son galon ?

Suis-je enfin assuré qu’on ne retirera pas rétroactivement la médaille de Sainte-Hélène à mon arrière-grand-père ? Je tiens à me conformer aux lois de mon pays, même quand elles sont dictées par l’envahisseur.

Veuillez agréer, Monsieur le Maréchal, les assurances de mon profond respect.

Pierre Masse

Ancien Capitaine au 36ème RI

Officier de la Légion honneur, Croix de guerre

Ancien sous-secrétaire d’État à la Justice militaire »

Par ailleurs, Henry Berstein, auteur dramatique, qui a été grossièrement insulté, maltraité et diffamé pour son judaïsme par le directeur du journal « je suis partout », va être défendu par Pierre Masse, ayant pour conséquence une retombée médiatique exponentielle grâce à sa plaidoirie.

La brillante carrière de Pierre Masse va voir son extinction accélérée dès aout 1941 en étant interné à Drancy et Compiègne.

Après avoir participé à un complot, puis avoir été incarcéré à la prison de la santé, avant de retourné à Drancy suite aux réquisition du procureur de la république, le Maréchal Pétain adresse, tardivement, une demande de libération aux autorités d’occupation.

Comme il fallait s’en douté, suite à la politique intransigeante de l’époque relative aux déportés, les autorités allemandes donnent une fin de non recevoir en s’étonnant que le cabinet civil du Maréchal s’inquiète du sort d’un « juif particulièrement dangereux».

Le 30 septembre 1942, il est déporté à Auschwitz où il disparaît au cours du mois d’octobre, après avoir envoyé cette lettre au Bâtonnier…

« Monsieur le Bâtonnier,

Je suis appelé. Je vais probablement mourir. Je suis venu ici comme avocat. Je mourrai, j’espère dignement, pour ma Patrie, ma Foi et mon Ordre.

Dites à mes confrères que je les remercie des honneurs qui ont accompagné ma vie professionnelle.

J’en emporte une juste fierté.

Je vous recommande mon fils.

Je finirai en soldat de la France et du droit que j’ai toujours été.

Bien vôtre, en toute amitié et en déférent respect.

Pierre Masse »

Les nazis n’ont pas tué que des hommes, femmes, enfants, ils ont aussi fait disparaitre des grands Hommes.

Chacun des 6 millions de disparus est un grand Homme.

Pierre Masse l’était et l’est par son talent, sa carrière, mais aussi son courage à travers les différents engagements qu’il a effectué.

Eytan B